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Personne n’aurait pu se douter que la paisible 2e circonscription de Seine-et-Marne (Fontainebleau-Nemours) allait réserver l’une des batailles politiques les plus passionnantes et les plus originales des prochaines élections législatives de juin 2007.

A gauche (ou plutôt au centre), le prince Charles Napoléon, investi par l’UDF, part affronter le vieux député UMP (à droite) et ancien intermédiaire sulfureux des otages français en Irak, Didier Julia.

Mais si, rappelez-vous, Didier Julia ! Le député-espion, "barbouze" raté pour les uns, émissaire officieux de l’Elysée pour les autres, s’était distingué en 2004 et 2005 en intervenant pour le compte des otages français, Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas. Bien évidemment, dans ce genre d’affaire, on ne saura peut-être jamais la vérité. Ou alors dans quarante années, période qui équivaut à la présence de Didier Julia sur les sièges de l’Assemblée.

En effet, le député UMP, réinvesti par son parti pour les législatives de 2007, est réélu dès le premier tour sans interruption depuis 1967 (il fut seulement mis en ballottage en 2002 par son adversaire socialiste). Sa réélection en 2007 ferait de lui, d’après sa biographie dans Wikipédia, le doyen de l’Assemblée ! Ayant ainsi connu la Guerre Froide et d’autres conflits régionaux, Didier Julia a offert ses bons offices, aussi bien pour le régime de Saddam Hussein que pour le Mossad. Il ne s’en est pas caché, d’ailleurs. Mais voilà, l’affaire des otages a fait exploser sa crédibilité. Du jour au lendemain, ses expéditions plus ou moins avérées en Irak et en Syrie lui ont attiré les reproches de l’Elysée (dont le rôle demeure lui aussi trouble) et surtout, la colère des électeurs de sa circonscription. Ses permanences ont même été fermées, le temps que ses électeurs se calment.

2007 approchant tout doucement, le vieux député peut estimer que la tempête est retombée. Or, voilà que débarque de l’île de Corse un prince que personne n’attendait, Charles Napoléon. Une crinière grisonnante, une taille de géant, un esprit rebelle et férocement républicain, Charles Napoléon, 56 ans, est l’héritier direct du dernier des frères de Napoléon Bonaparte, Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie. Mais le prince est également le vilain petit canard de sa descendance. En constante discordance avec ses parents, rompant avec le conservatisme familial pour flirter avec la pensée de gauche, Charles Napoléon a même été déshérité par son défunt père, Louis Napoléon. L’esprit rebelle s’est alors pleinement consacré à sa passion, la politique.

"Volant et frappant comme la foudre", comme le dit l’éminent professeur Jean Tulard, spécialiste de Napoléon Bonaparte, Charles Napoléon se présente, en 2001, sur la liste du futur maire d’Ajaccio, le docteur Simon Renucci (divers gauche). Sa liste remporte les élections municipales et fait tomber l’ancienne équipe municipale, alors bonapartiste ! Le prince devient maire-adjoint de la ville natale de son glorieux ancêtre.

Or, Charles Napoléon se tourne aujourd’hui vers la métropole. Il démissionne de ses fonctions à Ajaccio pour briguer la députation sur les terres de Fontainebleau, où se trouve justement le château qui fut une des résidences préférées de l’empereur Napoléon. Mais le descendant de ce dernier, préparé à cette campagne électorale difficile, s’est déjà investi dans la circonscription qu’il brigue contre le député UMP. Président de l’association Promouvoir le Sud Seine-et-Marne, le prince-candidat de l’UDF voit nombre de priorités pour la circonscription : le développement des infrastructures, la réduction des inégalités dans l’accès aux soins, la promotion des bio-énergies, etc.

Interrogé sur sa candidature, le prince m’a confié son impression : "J’ai en face de moi un élu depuis quarante ans et, bien que son implantation locale soit forte, je parviendrai à capitaliser sur le désir de changement que je ressens jusque dans son électorat." Conscient du poids de son nom, il a ajouté qu’il est "un républicain et un démocrate qui ne renie pas une page importante de l’histoire de son pays, dont il se trouve être le témoin."

Le duel entre Charles Napoléon et Didier Julia s’avérera certainement très intéressant. La campagne sera néanmoins difficile et le prince aura également fort à faire avec le candidat socialiste. Tout le monde voudra faire tomber l’indéboulonnable député UMP, mais Charles Napoléon aura légitimement ses chances de l’emporter. Candidat dans une circonscription historiquement liée à son ancêtre, il n’est pas un candidat "parachuté". Charles Napoléon concourt également à la vie politique française, ce qu’aucun membre de sa branche familiale n’a encore osé faire jusqu’à maintenant. La République étant son premier amour, le prince n’aura guère besoin de l’aide de son ancêtre pour se voir entrer, un jour, à l’Assemblée nationale.

par Okan